Maquette numérique et Dossier des Ouvrages Exécutés

A la fin d’un chantier, toute entreprise ayant contribué aux travaux doit remettre au maître d’ouvrage ses DOE : Dossiers des Ouvrages Exécutés. Ce dossier doit regrouper l’intégralité des informations sur le bâtiment et ses équipements dont le maître d’ouvrage aura besoin pour gérer, entretenir, rénover, modifier ou démolir son ouvrage. Ces documents sont donc essentiellement :

  • Les plans d’exécution dans leur dernier indice, mis à jour en fonction des éventuelles modifications apportées sur le terrain,
  • Les fiches techniques des matériaux et équipements mis en place dans le bâtiment, leurs plans de montage et de raccordement,
  • Les modes d’emploi de ces mêmes équipements et les consignes relatives à leur maintenance : fréquence des entretiens, nature des contrôles périodiques, échéances des changements de pièces.

Ces documents constituent donc une base de connaissance servant à assurer la pérennité d’un bâtiment tout en facilitant son exploitation.

L’enjeu pour le maître d’ouvrage est donc technique et économique. En cas de projet d’extension d’un bâtiment par exemple, l’absence de plans nécessitera irrémédiablement l’intervention d’un géomètre pour établir les plans de recollement de l’existant, qui serviront eux-mêmes de base à l’architecte chargé de la conception du projet d’aménagement. L’absence des consignes et fiches techniques relatives à l’entretien des équipements conduira à leur mauvaise gestion et à une obsolescence précoce.

Une maquette numérique CVC
La maquette détenue par un maitre d'ouvrage lui permet de faciliter la gestion de son bâtiment

Peut-on se passer d’une maquette numérique DOE ?

Dans cette période de transition vers le BIM, les bâtiments livrés et en service ayant fait l’objet d’une modélisation sous forme de maquette numérique sont extrêmement peu nombreux.

Cette absence de DOE BIM signifie-t-elle que l’emploi d’une maquette numérique et l’adoption d’un processus BIM seront impossibles pour les éventuels travaux d’extension, restructuration ou réhabilitation de l’ouvrage ? Les maîtres d’ouvrage ayant tout intérêt à opter pour l’emploi d’une maquette numérique, quelles solutions leur sont proposées dans le cadre de bâtiments vieux de 50 ans, 100 ans, 200 ans ? La maquette ne peut-elle être bâtie qu’avant la construction initiale d’un bâtiment ? La livraison de l’ouvrage sonne t-elle la fin de toute possibilité d’exploitation d’une maquette numérique par le maître d’ouvrage ?

Construire sans le BIM reste possible. Pour cela un maitre d’ouvrage doit tout de même être conscient des limites actuelles dans lesquelles un projet sans maquette va l’enfermer. Cela relève d’un choix individuel réfléchi selon les éléments d’informations en sa possession et de ses attentes et besoins en termes d’exploitation. Tout le monde n’a pas besoin d’une maquette numérique pour l’exploitation d’un ouvrage. Mais quiconque construira sans maquette numérique à l’avenir devra être conscient qu’il ne pourra pas bénéficier des avantages offerts par celle-ci, à moins de modéliser à posteriori le bâtiment en 3D sur la base des Dossiers d’Ouvrages Exécutés fournis en 2 dimensions combinés éventuellement à des méthodes de relevé de l’existant. Cette démarche onéreuse n’aura donc pas de sens si elle est réalisée à court terme après la livraison d’un bâtiment bâti sans maquette.

Si l’emploi d’une maquette numérique a tendance à augmenter les dépenses initiales de par les coûts de modélisation elle a également l’intérêt de réduire les dépenses à long terme. Si en théorie la rentabilité d’un investissement BIM peut tout à fait se quantifier dans le but de retenir la bonne stratégie, dans la pratique les calculs nécessitent de compiler des détails infinis entremêlés d’aléas et de fluctuations diverses. Si connaitre le montant d’achat d’une maquette numérique pour réaliser les travaux est simple, comment estimer les économies que cette dernière permettra d’atteindre en termes de consommation énergétique ou de coûts de travaux ultérieurs quand ces éléments dépendent de l’évolution à long terme des tarifs des matières premières, de l’énergie, du contexte économique, de la taxation ?

Adopter le BIM ou ne pas le faire relève donc d’un dilemme pour lequel chacun finira par prendre une décision subjective dépendant de sa sensibilité personnelle aux atouts affichés du processus. La seule certitude actuelle est que bâtir une maquette est moins onéreux avant la construction qu’après celle-ci.

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